|
Synchromie en noir de 1939 casse cette logique de la forme circulaire fermée sur
elle-même, par des lignes obliques, des flèches, des imbrications de formes géométriques
triangulaires ou quadrangulaires. Herbin, tout en maintenant la couleur dans des formes strictement définies,
introduit des rapports entre les couleurs
fondamentales et des recherches sur le spectre lumineux.A partir de 1942-43, Herbin, après avoir exploré
les possibilités spatiales de la forme liée à la couleur, va rechercher "l'équilibre
de l'intuition et de la raison" pour parvenir aux oeuvres parfaites et contribuer au perfectionnement de l'homme
et de l'oeuvre. Tâche qu'il poursuivra jusqu'à sa mort, en 1960. Sa quête de liberté
exige un "art non figuratif, non objectif". En effet, l'abstraction pure permet une infinité de
possibilités puisqu"'elle n'a pas de liens avec le monde des apparences ext rieures" et que "l'artiste
qui travaille en se basant sur l'objet pour limiter, le déformer ou l'interpréter, n'est pas libre"
.
Plus aucun élément objectif ou figuratif ne doit empêcher l'artiste d'avancer dans sa création.
Herbin bannit l'objet et tout ce qui en découle, la lumière, le mouvement, la perspective, les effets
de matières... L'oeuvre est la création de "I'Esprit", elle est l'aboutissement de l'activité
intérieure de l'être pour atteindre la "Vérité et la liberté".
Herbin va préciser sa pensée et se donner ses limites plastiques dans un livre "l'art non figuratif,
non objectif" publié en 1949. Il va alors établir un code rigoureux, apparemment formel, son
"Alphabet Plastique", car la liberté du peintre est telle, qu'elle nécessite une rigueur
intransigeante. Le point de départ d'une oeuvre est le mot, titre du tableau (Matin, Mal, Amour, Pâques
... ). A chaque lettre de ce mot correspondra une forme, une couleur et un son. Par exemple,
M: jaune de baryte; forme triangulaire; sonorité mi.
A : rose. Cette couleur résultant de l'action des quatre forces éthériques, le rose
s'accompagnera d'une forme résultant de la combinaison des formes sphérique, triangulaire, hémisphérique
et quadrangulaire. Correspondance musicale: do, ré, mi, fa, sol, la, si.
T, bleu foncé violet i combinaison des formes hémisphériques et quadrangulaire i la,
sol, si.
1, orangé, combinaison des formes sphérique et triangulaire i sonorité ré.
N, blanc; s'accompagne,de toutes les formes sonorité do, ré, mi, fa, sol, la, si.
Cette invention plastique, Herbin l'a conçue en se référant
au règne végétai et animal qu'il observe et cherche à
codifier pour pénétrer dans un mouvement cosmique de création. Il a lu les traités
sur la couleur de Goethe, s'inspire de la démarche poétique de Rimbaud. Mais cet alphabet dans sa
réalité concrète n'est qu'un moyen qui l'astreint à poursuivre une seule direction,
"la recherche de formes et de couleurs libérées de l'objet". C'est en ne considérant
que les caractères qualitatifs, c'est-à-dire en premier lieu, la nature de la couleur, sa fonction
spécifiquement spatiale, dans toute son étendue, sa liaison intime avec des formes respectant absolument
la nature de la couleur, la définition des rapports intimes entre tous les éléments des noms
ou des mots, que notre imagination restant intimement liée à l'être, à son expression
propre, préservera l'unité de l'être et de l'oeuvre, la pureté de la composition, des
formes, des couleurs, des moyens". (Testament spirituel, catalogue exposition Herbin, Cambrai, 1980).
Il va donc retenir, comme moyen d'expression, des éléments simples, exclusivement géométriques
, cercles, triangles, carrés, rectangles, qui sont par leurs projections, leurs harmonies, leurs contrastes
et leurs rythmes, 'la mesure du temps et de l'espace". A ces formes, s'impose une couleur pure posée
en aplat sans la moindre modulation ou effet plastique de matière ou de transparence. 'La couleur possède
en soi un pouvoir spatial. Certaines couleurs expriment l'espace en profondeur (les bleus), d'autres l'espace en
avant (les rouges). Certaines couleurs expriment le rayonnement du dedans au dehors (les jaunes), d'autres du dehors
au dedans (les bleus). Ceriaines couleurs expriment la mobilité (les rouges, les jaunes, le noir et les
verts), d'autres la mobilité et l'immobilité, selon les rapports (les roses et les violets). Les
résultats peuvent être modifiés par les rapports des couleurs entre elles (Cambrai-dossier
Herbin p. 2). Sur cette base rigoureuse qu'il ne va jamais transgresser, il va chercher à retrouver "l'unité
perdue". Le tableau devient la résultante d'une discipline de la matière couleur-forme selon
une composition très solide qui écarte tout artifice en fonction de certains rapports: "toute
l'action de la peinture réside dans le rapport des couleurs entre elles, dans le rapport des formes entre
elles et dans le rapport entre les couleurs et les formes".
|